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Le mystérieux et néanmoins vital grenier du Svalbard

Des graines en provenance de Syrie et de Birmanie ont été livrées en Norvège le mois dernier en vue d’être conservées dans la réserve de l’île du Spitzberg, dans l’archipel du Svalbard.

Mais qu’est-ce-que cette réserve et pourquoi tant de pays ont-ils choisi de stocker des graines dans le grand nord ?

Un peu à l’écart de Longyearbyen, petite commune de moins de 2.000 habitants située à environ 1.100 kms du pôle nord, se dresse à flanc de montagne l’entrée d’un bunker. Dans l’obscurité qui enveloppe la région à cette saison, une lumière bleue rayonne et indique l’entrée du tunnel de 130 mètres qui conduit aux trois salles de conservation. La température est maintenue à -18 °C et les portes ne sont ouvertes que quelques fois dans l’année. La construction, dont le coût est estimé à environ 48 millions de couronnes (5,5 millions d’euros), a été presque intégralement financée par l’état norvégien. Tout cela pour des graines ? Oui, des graines ! Et voici pourquoi.

Prévenir les maladies

Au milieu du XIXème siècle, la culture de la pomme de terre, qui représentait 60% de l’alimentation, a été détruite par le mildiou, provoquant une des plus grandes famines de l’histoire de l’Europe.

Comme l’explique Cary Fowler, l’un des piliers du projet, dans une conférence en 2009, la meilleure pomme d’aujourd’hui sera peut-être ravagée par une maladie ou détruite par des insectes dans le futur. Et peut-être qu’une variété peu rentable aujourd’hui sera résistante à un des fléaux du futur. C’est pourquoi il est nécessaire de la mettre en sécurité aujourd’hui pour être en mesure de l’utiliser dans la création d’une variété plus forte demain.

Photo : Heiko Junge / NTB scanpix

Anticiper les changements climatiques

Certains prétendent que le réchauffement climatique sera une chance pour l’agriculture norvégienne. Pourtant, d'autres scientifiques spécialistes du climat préviennent que c’est surtout une longue liste de défis pour l’agriculture:
- L’augmentation de température (environ 2 degrés d’ici 2050) affaiblira les taux de rendement alors que la planète comptera près de 2 milliards de bouches supplémentaires à nourrir.
- Cette même hausse de la température rendra inhabitable certaines régions tropicales, entraînant un flux migratoire de 2 milliards d’individus vers le nord et le sud des tropiques.
- L’évolution rapide du climat sera à l’origine de la disparition de nombreuses espèces, incapables de s’adapter à des changements si rapides.

Le fait de conserver une multitude d’espèces augmente donc les chances de créer de nouvelles variétés capables de relever ces défis.

Palier les destructions liées à la guerre

Il existe 1.700 banques génétiques végétales dans le monde. Mais certaines d’entre elles sont menacées par les conflits.

La banque génétique irakienne a été détruite dans le chaos qui a suivi l’invasion américaine en 2003. En Afghanistan, le personnel de la banque de semences avaient pris soin de cacher leurs graines avant de fuir les Talibans dans les années 1990. A leur retour, ils ont retrouvé des boîtes ouvertes et des graines disséminées au sol. En Egypte, ce sont des cambrioleurs qui ont détruit les réserves.

Même si, dans les conflits récents, les banques de semences n’ont pas été des objectifs directs, on ne peut nier que depuis l’Antiquité, la destruction des cultures et de la production alimentaire a souvent été une stratégie de guerre pour affaiblir les troupes, voire anéantir une population.

La banque de semences du Svalbard a déjà fait ses preuves en la matière. En effet, à l’éclatement du conflit en Syrie en 2012, les travaux du Centre International pour la Recherche Agricole dans les zones arides (ICARDA), situé à Alep, se sont trouvés en danger. C’est grâce aux copies stockées au Svalbard que les scientifiques ont pu reprendre leurs travaux dans les deux nouveaux sites de l’ICARDA au Liban et au Maroc en 2015.

Ce sont les graines de ce même type qui ont été livrées au Svalbard en février.

Photo : Heiko Junge / NTB scanpix

Protéger ce que l’homme détruit

Beaucoup de plantes sont menacées par l’activité humaine. La Birmanie, par exemple, compte environ 800 variétés d’orchidées qui sont menacées, entre autres, par l’exploitation forestière illégale. Les graines de 232 espèces d’orchidées ont été envoyées au Svalbard en février.

Découvrir, peut-être, une nouvelle source d’alimentation

Comme le rappelle Åsmund Asdal, biologiste et agronome au Svalbard, il y a 30 ans, l’industrie agro-alimentaire rencontrait un problème dans la production des chips : en effet, trempées dans l’huile, les rondelles de pommes de terre brunissaient et devenaient peu appétissantes. Et c’est grâce au croisement entre une vieille variété de pommes de terre et une récente, qu’une nouvelle variété a été spécialement créée pour la production des chips que nous mangeons tous aujourd’hui.


Sikkerhetskopien from Kunnskapsfilm on Vimeo.

Source de l'information : NRK
Article rédigé par : Angeline
Copyright photo : Ivar Ekseth / NTB Scanpix

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