Âpre débat sur les dialectesUne universitaire de Trondheim a soulevé une tempête en suggérant à ses compatriotes de "modérer" leur dialecte pour mieux se faire comprendre aux nouveaux arrivants. Selon Åsta Øvregaard, la Norvège est mûre pour un "norvégien normalisé", à tout le moins à l'oral.
La question linguistique a toujours été sensible au pays du bokmål et du nynorsk, et c'est ouvrir une boîte de Pandore que de s'en prendre aux sacro-saints dialectes qui font partie intégrante de la fibre nationale norvégienne. Mais Åsta Øvregaard, professeure de norvégien langue seconde à l'Université norvégienne des Sciences et des Technologies (NTNU), estime que les dialectes nuisent à la communication lorsqu'ils sont parlés de manière trop... enthousiaste.
Elle donne l'exemple de Tatjana, une étudiante russe douée et motivée, qui a rapidement appris le bokmål après son arrivée à Trondheim. Pourtant, dans la rue, elle arrive mal à comprendre le trøndersk, dialecte des gens du Trøndelag, qui comporte des différences tant de vocabulaire que de prononciation. Et les complications ne s'arrêtent pas là... la belle-mère de Tatjana est de Stavanger, et parle un norvégien guttural et rapide commun dans cette région; différent tant du bokmål que du trøndersk.
Les problèmes de Tatjana ne sont pas uniques. Dans certains cas - bien que rares - même les Norvégiens n'arrivent pas à se comprendre entre eux. Selon Åsta Øvregaard, il est temps que les Norvégiens soient sensibilisés aux problèmes des nouveaux arrivants qui, après tout, font bien l'effort d'apprendre une langue parlée par moins de cinq millions de personnes. « L'intégration réelle exige non seulement un effort de la part de l'immigrant pour se faire comprendre, mais également un effort de la part des gens de langue maternelle norvégienne, qui doivent prendre les moyens nécessaires pour se faire comprendre. »
Une corde sensible
Les propos d'Åsta Øvregaard ont touché une corde sensible chez Arne Torp, professeur à l'Université d'Oslo. Sans surprise, il a rédigé sa réponse... en nynorsk. « Tatjana s'est trouvée un conjoint du Trøndelag dont la mère vient de Stavanger, affirme-t-il; il est tout naturel pour elle de faire un petit effort supplémentaire afin de pouvoir comprendre les dialectes. » Il ajoute que le problème ne se pose pas dans la plupart des cas puisque les immigrants se retrouvent généralement dans les villes, et que les dialectes n'y sont pas très répandus.
Pourtant, de nombreux expatriés vivant en Norvège le confirmeront: les dialectes de partout dans le pays sont relativement répandus dans les villes, puisque les jeunes gens de la campagne qui viennent vivre en ville continuent de parler leur dialecte natal.
Tant Åsta Øvregaard que Arne Torp soulignent l'importance des dialectes sur le plan de l'identité. « Ce n'est pas une excuse, conclut Åsta Øvregaard, pour laisser tout le fardeau à l'interlocuteur, qui est déjà dans une situation difficile d'apprentissage. »
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