Brest 2004 - Norvège reportages

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Brest 2004

Norvège à l'horizon !
Pour commencer ce voyage, il faut s'imaginer sur le cours Dajot qui surplombe la rade de Brest. De là, on peut voir une myriade de coques, de voiles et de mats sur une mer grise et tranquille qui contraste agréablement avec l'agitation frénétique des milliers de visiteurs. Il se dégage de ce premier contact avec la fête une impression de liesse et de grandeur qui augmente au fur et à mesure que l'on s'approche des quais pour se mêler à la foule.

Premier contact
Mes premiers pas me conduisent naturellement vers l'espace Norvège...d'autant que j'avais eu l'occasion de faire le tour des bateaux lors de l'édition précédente.

L'espace norvégien se situe sur le plus grand quai du porco (le nom donné ici par les habitués au port de commerce). Sur la droite, une enfilade de bâtiments, un restaurant, quelques boutiques, le hangar des chantiers de la Recouvrance (le bateau star de Brest), mais aussi des immeubles de bureau et d'habitations récents et de grand standing. Au bout du quai, la direction des phares et balises avec un champs de bouées et de balises entreposées. Sur la gauche, le grand spectacle des bateaux chargés de fanions et débordants de badauds. C'est ici habituellement qu'est amarré l'Abeille Flandre, cette semaine il a laissé la place au Christian Radich, au Sorlandet et autres Gamle Oksoi et Anna Rogde...

Le premier contact avec la Norvège, c'est l'odeur du poisson que l'on fait fumer... En réalité, il s'agit d'une équipe de bretons!!! on pourrait s'imaginer déçus...mais le spectacle est si rare en Bretagne et le poisson si rose que l'on arrive en quelques secondes à se plonger dans un autre univers. On en arriverait presque à saliver devant le fario de Camaret (saumon local) dès 10h00 du matin.

Le temps de slalomer entre les visiteurs et l'on découvre le gigantesque étendoir à morue que les norvégiens ont construit dès leur arrivée à Brest. Sur cet édifice temporaire, un drapeau norvégien fait la causette au drapeau breton et une grande pancarte souhaite la bienvenue dans l'espace Norvège. Devant, quatre drapeaux norvégiens, impossible d'en douter...on y est enfin !

A partir de là j'ai l'agréable surprise de constater que les stands norvégiens sont les seuls qui aient été construits intégralement en bois...par nos marins et artisans eux-même. L'odeur qui s'en dégage, et le spectacle qu'ils offrent sont en soi un pur bonheur tant ils rompent avec le paysage artificiel des stands en plastique abrités sous des bâches!... Non pas que je sois duppe...tout est artificiel ici aussi!..mais même objectivement (et de l'avis de tous les commentaires saisis au vol dans l'assistance!), ici on nous en met plein la vue !

Des chalets, du bois, des artisans, toujours du bois !
Passé l'étendoir, on découvre le chalet de l'office de tourisme...qui est recouvert de posters et de photos des fjords (pour la compagnie Hurtigruten), des huttes des Lofoten et de vues de Oslo... Pour les amateurs, il y a même une banderole en tissus, verticale, qui représente le Cri de Munch ! Là, je suis accueillie par une française visiblement calée en littérature norvégienne avec qui je partage quelques souvenirs de lecture, et qui me donne un sac "Norge" (pour les poissons de Norvège) remplie de tout ce qu'il faut pour vous rendre dépressif si vous n'avez pas les moyens de partir...ou juste rêveurs si vous avez une bonne résistance aux chocs esthétiques ! pour en faire un inventaire rapide, un guide pratique complet des moyens de se rendre en Norvège et d'y séjourner, de multiples dépliants sur les musées Viking, des costumes traditionnels, de verrerie... Mais aussi une brochure qui présente les trajets de l'express côtier, des dépliants de certaines localités comme Sorlandet, Bodo, ... Comble de la tentation, une carte routière complète avec en prime le prix à acquitter à chaque péage ! Si après ça on n'a pas l'impression d'être VRAIMENT sur le départ !

Repue d'informations, je passe en face au chalet des menus arctiques où l'on me remet des dépliants sur les vertus du saumon et autres produits norvégiens...il n'est pas encore 11h00 que je me sens prête à dévorer un banc entier de ces charmantes bêtes à chair rose !

Tout de suite après, je m'arrête sous un chapiteau (de bois évidemment !) qui abrite un bateau, toujours en bon bois odorant, qui a été restauré et qui (peut-être parce que je n'y connais rien) me semble parfaitement neuf !! Autour du bateau, il y a une équipe de cinq jeunes hommes qui ne doivent pas avoir 20 ans qui présentent les techniques de travail du bois sur ce type de bateau...

A côté, des artisans taillent du bois à la hache et construisent un porche massif mais pourtant finement découpé auquel ils ont suspendu hier une plaque...de bois...où est sculpté Norvège/Brest 10-16 juillet 2004. Cela m'amène naturellement vers un autre chalet où un homme sculpte des représentations maritimes et grave des inscriptions sur des plaques de bois qu'il colore et vernis.

A sa gauche, le chalet des métiers à tisser est tenu par une toute petite norvégienne qu'il me vient spontanément l'envie d'adopter. Elle est entourée de trois adolescentes qui se moquent de moi dès que je me lance à aligner quatre mots de norvégien! Anne-Maria m'encourage et me félicite pour ma tentative il est vrai hardie, et accepte avec enthousiasme de me faire une démonstration de "rigid heddle", une des sortes de tissage qui permet notamment de fabriquer les ceintures qui ornent les costumes traditionnels... Anne-Maria n'aura d'ailleurs de cesse de me faire comprendre les techniques de tissage, je suis repartie avec mon kit complet!, et m'a fait découvrir que le tricotin est une activité traditionnelle pratiquée comme ici par les enfants.

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Je quitte le tissage et me retourne vers la boulangerie qui propose des "sevle" (qu'ils traduisent ici par blinis mais qui en fait sont des pan cakes anglosaxons) que l'on peut accompagner au choix de confiture avec des fraises entières, de crème fraîche, de fromage au lait de chèvre ou de vache...voir de tout en même temps si on est gentil !!! C'est ci aussi que sont vendus des t-shirts qui représentent un étendoir autour duquel on peut lire "Norvège" à gauche, "Brest" à droite et 2004 en dessous; le tout en version stylisée sur un fond bleu vif. Ces t-shirts portent le logo de Forbundet Kysten, une association qui regroupe 10 000 adhérents pour la sauvegarde de la pêche côtière traditionnelle.

Je reviens sur mes pas pour découvrir les ateliers qui se trouvent de l'autre côté de l'allée. Il y a tout d'abord le porche qui abrite un petit chantier de restauration des bateaux en métal... Puis le porche où des artisans construisent un bateau en bois selon la méthode traditionnelle. Pour info, un bateau de ce type qui doit faire 3,5 ou 4m de long, vernis, avec une petite voile coûte 7100 euros... Il porte l'odeur du bois fraîchement travaillé et du vernis, c'est un régal pour les yeux autant que pour le nez! ;)

Devant lui, un étal est chargé de cordes de toutes dimensions et de toutes largeur. Un couple, à certaines heures de la journée, fait la démonstration de leur fabrication depuis la confection du premier fil au tissage final.

A côté encore, un abri pour bateau est partiellement construit, il se présente comme l'ossature d'une coque renversée et est recouvert en partie par de la boue et des carrés d'herbes. On finirait presque par oublier qu'on marche sur le quais d'une ville française!!!

Et si on se restaurait un peu ?
Je retourne sur mes pas et dépasse la boulangerie pour accéder au bout du quai où ont été repartis la scène où se produisent les groupes de musique et de danse traditionnels, puis le bar où, et c'est la seule déception notable pour moi, on ne nous propose pas de boisson norvégienne (ce ne sera pas le cas non plus au restaurant). On peut en revanche acheter des sandwiches au saumon fumé, ou alors au crabe, dans un pain nordique comme on peut en trouver parfois ici...sauf que là, ils sont très frais et moelleux!!

J'ai également eu le bonheur de manger au restaurant arctique tenu par trois chefs norvégiens et deux français. Les plats frois, outre les sanwiches dont j'ai déjà parlé, pouvaient se composer d'une salade aux crevettes, saumon fumé et saumon cuit froid sur un lit de tomates, salade et pommes de terre... Ou bien d'une assiette de harengs marinés au vinaigre, au curry ou de hareng à la crème fraîche et à l'aneth... Ou bien enfin d'une assiette de dégustation avec un mini sandwich au beurre de saumon, un autre aux rillettes de thon; une coupelle de miettes de crabe sur un lit de brocoli à la béchamel, une autre avec de la chair de langoustine (il me semble) sur des petits légumes, du saumon fumé avec de la crème fraîche aux herbes; et enfin deux coupelles avec un morceau de chair de saumon cru sur de l'huile d'olive parfumée et une noix de Saint-Jacques sur du pesto et recouverte d'une fine tranche de parmesan... Un pavé de saumon avec un riz accompagné de quelques baies et une sauce dont le goût se rapproche de celui de la rouille en plus doux, constituait le menu du plat chaud... Il n'y avait pas de dessert norvégien au menu...mais comme je me suis fait un plaisir de goûter tous les plats, autant dire que je ne suis pas ressortie le ventre vide... Le plus étonnant, à mon sens, c'est qu'à aucun moment de ce repas, malgrè le décor improbable du chapiteau en bâche et les tables de jardin en plastique, je n'ai eu gastronomiquement parlant l'impression d'être dans un restaurant de foire où la qualité n'est pas franchement au rendez-vous... là j'ai mieux mangé que dans nombre de restaurants classiques où les plats qui sont servis ne sont pas toujours aussi fins !
Pour info, un sandwich coûtait 4 euros, une salade 6, l'assiette de dégustation 8, le pavé& de saumon 8 également)

Et les bateaux dans tout çà ?
La file d'attente devant le Christian Radich et le Sorlandet n'a jamais discontinué, aussi il était difficile de les voir... Mon absence de culture maritime m'empêche de vous faire partager la beauté de ces grands voiliers blancs... Le Sorlandet proposait des places pour une croisière jusqu'à Anvers du 16 au 21 juillet...il va sans dire que je regrette AMÈREMENT de travailler ces jours-là ! Ce que je peux vous dire en revanche, c'est l'impression de majesté et de puissance qui se dégage du Radich quand, à l'heure de la parade nautique du soir, il mêle le chant de sa corne de brume à ceux des autres bateaux...il a la "voix" la plus grave du port de commerce et impose le respect dans son immobilité sereine alors que les voiliers de toutes tailles défilent en tous sens sur la rade et aux abords des bassins...


De la musique aussi !
Sur les quatre groupes qui se sont déplacés, et malgrè 3 jours de visite assidue sur le quai, je n'ai pu en voir que deux...

Pour autant, cela a été l'occasion de découvrir ce que l'on a coutume d'appeler un folklore mais qui est porté avec un tel enthousiasme et une telle ardeur qu'on se demande si ces chants ont cessé une seconde de retentir à travers la Norvège du Nord!!

Le premier groupe, Visegruppa "Mannskapet", est un groupe de chanteurs qui comprend 3 guitaristes-chanteurs et 2 chanteuses. Ils reprennent des chansons traditionnelles du Helgaland qui parlent beaucoup de trolls, mais aussi de ce que mangent les marins en mer, un peu d'amour aussi. L'orchestration très simple et la pureté des voix, soutenues par un réel plaisir de se produire ici a donné un spectacle vraiment charmant, répété 2 fois par jour... J'ai eu la chance de pouvoir aller à la rencontre des deux chanteuses qui m'ont offert le classeur avec les paroles de leurs chansons pour me remercier ou me récompenser qui sait d'être venue les voir et de faire l'effort de leur parler en norvégien...je me suis gardée d'essayer de leur faire comprendre combien c'était une démarche égoïste de ma part que de leur parler norvégien puisque je suis bien persuadée que cela m'aura apporté bien plus qu'à elles!!! ;) Dès lors, j'ai été reconnue comme fan officielle du groupe et j'ai même réussi à faire sourire un des guitaristes, très gentil, mais résolument fermé à toute démonstration de son contentement pendant toutes les représentations ! Ce groupe vient d'un village situé à mi-chemin entre Trondheim et Bodo, et j'y suis si je le souhaite attendue avec plaisir... Else Lid, l'aînée des chanteuses m'a laissé son adresse et son mail et se chargera de me mettre en contact avec une parisienne qui s'est mariée et vit dans ce village, au cas où il puisse se faire que je pose mes bagages dans les environs !

Le second groupe, Fjodapuls, est composé de 6 couples de jeunes danseurs entre 16 et 18 ans qui participent à un programme national de "réhabilitation" des danses traditionnelles norvégiennes. Ils sont accompagnés de 2 jeunes violonistes et d'un violoniste plus âgé qui joue aussi d'un instrument qui s'apparente au kazoo. Parmi les danses, on trouve notamment des mouvements qui ressemblent à une scottish (une ronde), mais aussi une valse...qui se conclut par une vague de danseurs en costumes qui invitent les spectateurs à danser... J'ai donc une l'insigne honneur d'être invitée à valser avec un charmant jeune homme dont le seul défaut était d'être...aussi jeune justement ! La danse la plus spectaculaire était une danse réservée aux garçons... Elle met en scène deux ou trois des danseurs qui s'affrontent pour le coeur d'une belle. Cela donne lieu à des mouvements dansés accompagnés d'un jeu de scène très réussi mais surtout à de belles acrobaties avec force pirouettes et jeu de jambes. Le morceau se conclut par le départ de la belle avec une autre danseur qui ne s'est pas riducilisé ! Ce qu'il y a de marquant, au-delà de la performance scénique et technique, c'est ici encore la vitalité et l'enthousiasme des danseurs et aussi leur grande complicité. La dernière danse quant à elle semble nous donner une idée très précise de l'atmosphère des bals de l'époque !

J'ai également eu le bonheur d'échanger beaucoup avec certains de ces jeunes qui viennent d'un village du Sogn og Fjordane et qui se sont également montrés surpris et très heureux de rencontrer une personne qui bafouillait le norvégien ! cela m'a d'ailleurs valu quelques avantages quand ils étaient de service à la vente des "sevle med syltetoi" (pan cakes à la confiture).
Pour info sur ce groupe... : http://www.hf.ntnu.no/rff/fjordapuls.html

S'il fallait conclure...
En trois jours, j'ai eu la chance de me dépayser totalement alors même que je vis à Brest depuis 8 ans... Je garde un excellent souvenir des ateliers et des animations qui ont marqué la fête et qui, de ce que j'ai pu entendre sur le quai, ont été un des points vraiment fort de la manifestation. Les chalets en bois mais aussi la bonne humeur et même le "folklore" ont été je crois appréciés plus encore que ne l'a été l'ambiance brésilienne (peut-être un peu fatigante compte tenu e l'agitation générale?...). Les personnes que j'ai rencontré et avec qui j'ai discuté quelques 2h30 au final ont été aussi ouvertes et sympathiques qu'il était possible, patientes aussi pour répondre à mes incessantes questions et surtout pour attendre que j'en saisisse les réponses ! Anne-Maria, la tisseuse, m'a proposé de rester en contact part le biais de son adresse électronique au cas où je ne m'en sorte pas avec tous mes fils ! Les danseurs de Fjordapuls m'ont chaleureusement dit au revoir quand je leur ai dit que je ne viendrai pas aujourd'hui... Au point que je risque de craquer et de racheter un passe pour ce soir ! La musicalité du norvégien enfin a été un réel enchantement, et j'aurais souhaité passer des heures à écouter tout ce petit monde qui m'est devenu très familier... J'ai encore dans la tête l'air de La Troillfjelldains du Helgeland!

Hier soir, la parade nautique terminée, je suis partie en jetant un dernier regard au Christian Radich... J'ai eu beaucoup de mal à m'éloigner, jamais je n'avais été si proche de la Norvège et il m'a semblé que le bruit des sirènes m'appelait et me demandait de les suivre... Ce que je voudrais bien pouvoir faire mais qui m'aurait empêché de partager ces trois jours avec vous ici !...

Les derniers jours
Jeudi, je suis redescendue au port, entre le démontage des premiers chalets et non loin de la scène où Visegruppa "Mannskapet" chante une dernière fois ses chansons, Anne-Maria me donne mon premier et seul cours de tissage sous le regard curieux et parfois jaloux des passantes... Je deviens une petite attraction du village norvégien dès qu'elles s'aperçoivent que je suis française et qu'elles peuvent me poser des questions-tissage très pointues auxquelles je ne sais pas répondre!! Je quitte le chalet "métiers à tisser" avec mon ouvrage bien entamé sous le bras et après avoir posé avec Anne-maria pour son album personnel...
Les Mannsakapet quittent la scène, je mange mon dernier sandwich au saumon, et viennent me saluer. Je leur montre un article que j'ai trouvé sur eux sur le net...là c'est l'euphorie: ils ne l'avaient pas vu!...je leur offre ma trouvaille, et au milieu des grandes effusions, ils me prennent en photo après m'avoir réinvitée à leur rendre visite...

Plus tard dans la soirée, j'assiste à la dernière représentation des Fjordapuls... Ils connaissent décidemment un vif succès, fêté à grand renfort de bière et me voilà devant 5 danseurs qui se mettent en ligne pour trinquer avec moi et posent pour une photo qu'ils emporteront avec eux !

Vendredi, je suis sur le quai à 7h00. Les marins embarquent les vivres et des quantités de caisses de vin pour le déjeuner. Le Sorlandet annonce toujours qu'ils cherchent du monde pour une croisière de 5 jours à destination de Anvers pour la Cutty Sark. À quai, les autres continuent à démonter les chalets et à embarquer le bois sur le Gamle Oksoy.
À 10h00, je réalise que le Radich, le Sorlandet et l'Anna Rogde sont partis, il reste le Gamle en attente des derniers troncs...
Pour Brest comme pour moi, c'est la fin d'une heure de gloire...on s'y était habitués mine de rien, à être pris en photo de toute part ! lol

Voilà la fin de l'édition de Brest 2004 !

Interview réalisée par : Rachel Sattolo pour norvege-fr.com
Copyright photo : Rachel Sattolo

Ce reportage a été rédigé exclusivement pour Norvege-fr.com. Vous êtes autorisé à la diffuser uniquement partiellement et sous réserve d'ajouter le lien vers cette publication.

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