| Portrait
: Roald AMUNDSEN (1872-1928)
Par Sandy
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LE "FRAM" ET LA COURSE AU POLE
SUD
Ce succès offre la renommée
à Amundsen, qui se lance dans une série de conférences
autour du monde afin de payer les frais de l'expédition
et de financer son rêve : la conquête du Pôle
Nord. Il emprunte le Fram de Fridtjof Nansen, considéré
comme le père de l'exploration polaire. Le Fram ("
vers l'avant ") est le premier navire pensé et
construit pour l'exploration polaire. Pour résister
à la tension de la glace, ce bateau à fond rond
est trois fois plus large que long. La pression sur ses flans
ne l'écrase pas, mais le pousse vers le haut, ce qui
lui permet de reposer sur la glace plutôt que d'y être
enfermé.
Le 6 avril 1909 l'américain Robert
Peary annonce qu'il a atteint le Pôle Nord. Amundsen
change aussitôt ses plans, et décide de battre
l'Anglais Robert Falcon Scott de vitesse en arrivant avant
lui au Pôle Sud. Il garde son changement de cap secret
jusqu'à la dernière minute, obtenant même
ses cartes de manière anonyme. Il craint en effet que
le gouvernement Norvégien et ses investisseurs ne l'empêchent
de suivre son idée pour éviter de défier
la Grande Bretagne alors toute puissante. Ce n'est qu'en arrivant
à Madère le 6 Septembre 1910 qu'Amundsen annonce
ses intentions à ses hommes. Il demande à chacun
personellement s'il est prêt à le suivre. Leon
Amundsen, son frère, est chargé de cabler la
nouvelle à Scott, qui reçoit le télégramme
juste au moment où lui-même quitte la Nouvelle
Zélande le 12 Octobre. La nouvelle fait l'effet d'un
coup de tonnerre et est très mal acceptée par
les Anglais.
Le 14 janvier 1911, le Fram a gagné
sa base "
Framheim " dans la Baie des Baleines. L'endroit est bien
choisi : les phoques et les pingouins fournissent de la nouriture
en abondance et l'expédition peut naviguer 60 miles
plus loin au sud que Scott au départ de son propre
camp. De plus le site est favorable aux recherches sur les
conditions météorologiques dans toutes les directions.
Alors que le Fram continue sa route pour une campagne d'exploration
océanographique, en février et mars, l'équipe
restée à terre fait 7 dépôts de
ravitaillements et de matériel sur la route du Pôle.
Ils serviront à la fois de réserve de provisions
et de repère. Le 21 avril, le long hiver polaire commence.
Grâce à son expérience sur la Belgica,
Amundsen a prévu des activités et organisé
les journées selon un horaire strict pour occuper les
hommes pendant les quatre longs mois à venir. Comme
chacun travaille dans un coin différent du camp pendant
la journée, les sujets de conversation ne manquent
pas lors des réunions du soir. L'équipe construit
même un sauna pour la détente. Amundsen a aussi
veillé à ce que la nourriture soit suffisante
et riche.
Le soleil revient le 24 août, mais
les conditions météorologiques reportent à
de nombreuses reprises le départ. Le 8 septembre, 8
hommes et 86 chiens se lancent à l'aventure une première
fois. Tentative manquée : le 12, la température
a considérablement baissé et les hommes s'empressent
de gagner leur premier point de ravitaillement où deux
chiens gèleront dans leur sommeil. Ils reviennent en
urgence vers Framheim. Sur le chemin du retour, les quatre
traineaux se perdent de vue. Johansen, le seul membre de l'équipe
possédant une expérience comparable à
celle d'Amundsen, l'accuse d'avoir paniqué et d'être
incapable de diriger une équipe. Amundsen l'ignorera
pendant le reste de l'expédition.
Le 20 octobre 1911, Amundsen et 5 compagnons
prennent enfin le départ avec 4 traineaux tirés
par 13 chiens chacun. Le début de l'expédition
se révèle facile et ils progressent rapidement.
Ils arrivent au premier dépôt le 24 octobre,
au second le 4 novembre. Ils progressent chaque jour de 20
miles en 5 heures, s'arrêtent pour construire un cairn
(un monticule de pierre) sur lequel ils inscrivent la distance
parcourue et se reposent pour le reste de la journée.
Le 17 novembre, ils attaquent la montée du glacier
Axel Heiberg avec une météo favorable et parviennent
au sommet le 21. Ils abattent 24 chiens devenus inutiles pour
nourrir les autres et quatre jours plus tard les 5 hommes
et 18 chiens se lancent dans le blizzard. Le glacier "
The devil's ballroom " (la salle de bal du diable) leur
oppose des crevasses sans fond à peine recouvertes
d'une fine pellicule de glace. Ce sera le dernier obstacle.
Malgré la faim, la fatigue et les engelures, ils continuent
à toute allure dans la crainte d'avoir été
précédés par les Anglais. Ils parviennent
au Pôle Sud le 14 décembre 1911. Ils y plantent
victorieusement le drapeau Norvégien et dressent leur
tente baptisée Polheim (la maison du Pôle). Ils
baptisent la plaine Plateau Haakon VII et restent sur place
le temps d'effectuer quelques observations. En repartant pour
leur camp de base le 17 décembre, ils laissent un message
pour Scott. Les 5 hommes et 11 chiens arrivent à destination
le 25 janvier 1912. On imagine à quel point le voyage
du retour a été frustrant pour Amundsen, anxieux
d'annoncer la nouvelle. Il peut enfin cabler son frère
le 7 mars 1912.
Malheureusement, l'expédition anglaise ne reviendra
jamais de son aventure. Scott et ses hommes jouent de malchance:
confinés dans leurs tentes pour échapper au
blizzard du 4 au 8 décembre 1911, ils perdent du temps
et consomment leurs précieuses rations de survie. Ils
arrivent enfin au Pôle, le 17 janvier 1912, un mois
après les Norvégiens. Ils ne survivront pas
au voyage du retour vers leur camp de base en plein automne
arctique. Les critiques de ceux qui accusent Amundsen de s'être
mal conduit en débarquant au Pôle pour coiffer
Scott au poteau sans l'avoir prévenu au préalable
n'en seront que plus amères pour l'explorateur. |
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L'EXPEDITION DE LA "MAUD" Après avoir assisté à
une démonstration aérienne en Allemagne, Amundsen
s'intéresse à l'aviation et passe son brevet
de pilote en juin 1914. La guerre l'empêche de continuer
son apprentissage. Pendant la première guerre mondiale,
Amundsen parvient à rassembler des fonds en faisant
du transport maritime neutre, ce qui lui permettra d'acheter
son propre bateau. Il n'est pas guéri de son obsession
du Pôle Nord.
Le 24 juin 1918, Amundsen quitte la Norvège
pour le Pôle Nord sur son bateau, la Maud, lourdement
équipé de différents appareils de mesure
(océanographiques, météorologiques et
du magnétisme terrestre). Il veut réussir ce
que Nansen n'a pas pu faire : atteindre le Pôle Nord
en dérivant sur l'Océan Glacial Arctique depuis
les île de la Sibérie. Il connait déceptions
sur déceptions. Le bateau est bloqué dans la
glace pendant deux hivers et nécessite rapidement de
nombreuses réparations. En juin 1922, il reprend le
chemin du nord, et la Maud est une nouvelle fois prise dans
la glace au Nord Est de l'URSS. Entrainé par le mouvement
de la glace, le bateau arrive sur le plateau continental de
la Sibérie où il restera 3 ans. L'expédition
n'atteindra jamais son but. Grâce aux données
géophysiques collectées par Harald Ulrik Sverdrup
elle est toutefois considérée comme l'un des
plus importants projets de recherche sur l'Arctique.
Le bateau transportait également 2
petits avions. Le premier était destiné à
l'observation, le second à voler vers le Nord depuis
l'Alaska. Les deux s'étaient rapidement écrasés
au sol lors des essais, mais ils allaient donner à
Amundsen son but suivant. |
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SURVOLER LE PÔLE NORD Après l'échec relatif de la
Maud et une tournée de conférence peu réussie,
le moral d'Amundsen est au plus bas. Personne ne semble convaincu
de que la conquête du Pôle par les airs soit possible.
L'américain Lincoln Ellsworth lui propose alors de
financer une partie de l'expédition, à condition
d'en faire partie.
Le 21 mai 1925, deux avions quittent Spitsbergen
pour l'Alaska. Dès le lendemain, le réservoir
de l'un des avions fuit et le second connait des ennuis de
moteur. Les deux avions atterrissent en catastrophe à
150 km du Pôle. Seul l'un des deux est encore utilisable.
Les hommes se battent avec les éléments pour
établir un semblant de piste de décollage. Grâce
au pilote, Hjalmar Riiser-Larsen, ils parviennent à
décoller avec les six hommes à bord, et à
voler jusqu'à Nordauslandet, une île où
on les récupère pour les ramener en Norvège.
Ce désastre enflamme l'imagination populaire et fait
de l'explorateur un héros. La réception qui
attend Amundsen à son arrivée à Oslo
restera un des ses meilleurs souvenirs. |
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LE DIRIGEABLE "NORGE" ET LA
TRAVERSEE TRANSPOLAIRE Amundsen tente l'expérience une nouvelle
fois avec un dirigeable, le Norge.
Le 11 mai 1926, il quitte Spitsbergen en Norvège avec
Lincoln Ellsworth,l'italien Umberto Nobile (concepteur du
dirigeable), Hjalmar Riiser-Larsen et 12 hommes. Le 13 mai,
lors d'une petite cérémonie, ils larguent triomphalement
les drapeaux Norvégien, Américain et Italien
au dessus du Pôle Nord. La progression n'est pas toujours
facile. La glace qui se forme sur le dirigeable dans les nappes
de brume l'alourdit dangereusement. Les hommes manquent de
sommeil et souffrent du froid. Malgré tout, le 14 mai,
ils atterrissent à Teller en Alaska, après avoir
couvert 5.456 km en 72 heures et après avoir survolé
des territoires encore inexplorés. Ils ont accompli
le premier vol trans-arctique.
Jamais la popularité d'Amundsen n'a
été aussi importante, surtout en Amérique
et au Japon. Elle est ternie un moment par le conflit qui
l'oppose à Umberto Nobile pour l'appropriation du succès
de l'expédition.
Pourtant, quand, en mai 1928, Nobile s'écrase
en Arctique avec le Italia, Amundsen se porte volontaire pour
une mission de secours. En juin, il s'envole de Trømso
à bord de l'aéroplane Français Latham
avec 5 hommes. Nobile sera effectivement secouru le 22 juin.
Quant au Latham, il ne reviendra pas : 3 heures après
son décollage, il émettra son dernier signal
avant de s'écraser dans l'Océan Arctique. Quelques
mois plus tôt, Amundsen déclarait à un
journaliste qui l'interrogeait sur sa passion pour l'Arctique
: " Si seulement vous saviez à quel point c'est
beau là-haut, c'est là que je veux mourir ".
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POST SCRIPTUM : ET SI
Les scientifiques n'ont jamais été
entièrement convaincus que Peary était effectivement
parvenu au Pôle Nord en 1909 à cause de certaines
faiblesses dans sa documentation et parce qu'il n'aurait pas
eu le temps de rallier le Pôle dans le temps dont il
disposait. Richard Byrd a prétendu avoir volé
au dessus du Pôle en 1926 à bord d'un Fokker
monoplace, mais l'étude méticuleuse de son journal
jette le doute sur son exploit. Quelques jours après
que Byrd ait fait demi-tour, le Norge atteint effectivement
le Pôle Nord
Si les recherches futures discréditaient
définitivement les assertions de Peary et Byrd, Amundsen
pourrait bien être l'homme à avoir atteint le
premier à la fois le Pôle Sud et le Pôle
Nord
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Les ouvrages :
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